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"Mamie, Papy, on arrive!" / Petit guide à l'attention des grands-parents... et des parents

Le soleil se fait de plus en plus présent, les fraises envahissent les étals des marchés… pas de doute nous sommes en route pour l’été ! Comme tous les ans cette période est synonyme de congés scolaires et de ….vacances chez Mamie et Papy !!!!! Les calendriers sont sortis aux pages de juillet et août… mais cette année (du fait de l’organisation des classes en lien avec l’épidémie de Covid) la page du mois de juin a aussi son heure de gloire. La garde des enfants par les grands-parents est très largement répandue en France, 85 % des grands-mères et 75 % des grands-pères âgés de 49 à 53 ans accueillent leurs petits-enfants pour les vacances selon une étude citée par Attias Donfut (2008).


Cette pratique est tellement ancrée dans les usages qu’Olga Givernet, députée LREM, avait demandé à ce que les grands-parents ne soient pas soumis à la règle des 100km pour aller garder leurs petits enfants au motif que “Les grands-parents ont leur rôle à jouer, et ont un lien familial à recréer". Mais… les grands-parents doivent-ils garder les petits-enfants ? Selon une enquête (citée par Attias Donfut, 2008) : dans les pays du Sud, y compris la France, 60 % des grands-parents considèrent qu’ils doivent aider en cas de difficultés telles qu’un divorce ou une maladie de l’enfant (chers parents français, pour info cette même étude au Pays-Bas n’obtient que 30% de réponses positives… alors, on n’est pas bien chez nous ???).


Comme cette année les temps de gardes risquent d’être un peu plus longs qu’à l’accoutumée (le suspens est à son comble sur l’organisation des centres de loisirs cet été), révisons les principaux principes du « guide du grand-parent épanoui et heureux de garder ses petits enfants chéris ! ». A noter que ce guide s’adresse aussi aux parents dans les starting block pour laisser leurs adorables chérubins chez papy et mamie…

1er principe : On n’oublie pas de penser à … soi !


« Paradoxe des paradoxes, cette situation que vous n’avez pas créée, ce n’est pas parce que vous n’y êtes pour rien que vous n’y êtes pas pour quelque chose ! Vous n’y êtes pour rien et pourtant vous allez avoir du travail à faire… » (Billé 2002).


Passer du temps avec ses petits enfants peut, pour certains, être une réelle source de joie (plus rares sont les personnes indiquant ne pas vraiment y trouver leur compte… ou du moins à l’assumer). Les câlins, sourires et jeux sont de vrais moments de partage… mais accueillir un enfant nécessite aussi une réelle logistique et n’est pas de tout repos ! Si le concept de « burn out parental » a été mis à jour, peut-être un jour verrons-nous apparaître celui de « burn-out grand-parental » ou « burn-out de la génération pivot » : génération sollicitée pour aider à la fois ses enfants et ses parents vieillissants.


Il n’est cependant pas toujours facile de refuser d’accueillir les petits-enfants de crainte que cela ne soit perçu comme un rejet, de l’égoïsme voire une défaillance dans la fonction parentale. Attias Donfus (2008) indique que « le travail des grands-mères n’empêche pas ces dernières de consacrer du temps à leur petit-enfant. Cela signifie qu’elles donnent une priorité dans leur vie aux besoins de leur fille ou fils d’être aidé(e) pour s’occuper des enfants».


Ainsi, si les grands-parents ont tendance à accueillir favorablement les demandes de leurs enfants, il est important de créer un espace de parole où leur fatigue, leur besoin de répit et actuellement leur crainte de la contamination, peuvent se dire et être entendus.


2nd principe : On savoure le second rôle


« Vous êtes grand-père depuis la naissance de ce bébé, mais vous commencez à le devenir au moment précis où, symboliquement, votre fils, gendre, fille ou belle-fille dépose l’enfant dans vos bras, pour quelques instants, en lui disant : « Va voir grand-père. » Instant magique, vous êtes intronisé, vous allez pouvoir commencer à exercer votre fonction, à jouer votre rôle, à vivre de l’intérieur une situation que vous n’avez pas créée » (Billé, 2002).


Pour distinguer la « fonction grand-parentale » de la « fonction parentale », Le Borgne-Uguen (2003) , utilise les notions de « premier rôle » attachée à la fonction parentale et de «second rôle » attachée à la fonction grand-parentale. Cette même auteure indique : « Ce qui importe dans ce réglage du rôle dans la grand-parenté, c’est qu’il n’y ait pas de confusion, entre rôle de mère et de grand-mère en particulier, pas de rôle éducatif trop direct. Ces qualités sont réservées aux ressources et aux compétences des parents. Le véritable travail de parents, en place de « premier rôle », consiste alors à mettre à l’épreuve, avec succès, leurs compétences pour transformer leurs enfants en apprenants et adolescents « intégrés » aux exigences du monde contemporain et à son devenir. ». En tant que « second rôle » on attend des grands-parents une fonction essentielle de soutien aux parents et petits-enfants.


Quelle bonne nouvelle pour les grands-parents ! A eux le beau rôle auprès des enfants : être ceux qui font respecter les consignes parentales mais peuvent se permettre de « lâcher la bride » le temps des vacances… personne n’est dupe la règle des 5 fruits et légumes par jour reste souvent à la porte de la cuisine chez mamie et papy … n’est-ce pas ?


3ème principe : On prend le temps


« Dans une société du virtuel, les grands-parents sont inscrits dans le réel et vous inscrivent dans le réel, jusqu’au questionnement sur le sens, sur les origines et sur l’au-delà, même si c’est parfois douloureux ! Grâce à cette durée, à cette lenteur, à cette inertie, à ce réel, parce qu’ils permettent la tendresse, parce qu’ils ouvrent l’imaginaire, et parce qu’ils invitent aux rires et aux larmes, aux interrogations essentielles, parce que tout cela procède du sacré, du mystère, chacun de nous, petits-enfants et grands-parents, pour le temps qu’il lui reste à vivre, peut ressentir confusément les difficultés de la vie… et la chance que nous avons de les vivre encore… » (Billé, 2002)


Les petits-enfants vivent dans une société où tout presse. Pour nombre d’entre eux les journées sont ponctuées de « dépêche-toi, on va être en retard à l’école », « vite il faut qu’on y aille »… Dans son magnifique texte « A quoi servent les grands-parents ? », Michel Billé introduit la notion de transmission du « sacré » par les grands-parents à l’attention des petits-enfants. Et si la fonction première des grands-parents était tout simplement de mettre à disposition de leurs petits enfants un temps plein d’écoute, une assurance que la vie dure et qu’elle recèle encore de nombreux trésors qu’ils ne peuvent même pas imaginer?


Bien entendu les grands-parents d’aujourd’hui sont dynamiques, nous sommes loin de la mamie portant son sarreau, ils ont la possibilité de réaliser de nombreuses activités avec leurs petits-enfants et beaucoup ont à cœur de les gâter et d’optimiser ce temps ensemble mais … si la meilleure façon d’optimiser ce temps était tout simplement de le remplir de sa présence et de son attention ?


Les ingrédients pour vivre au mieux ces temps passés ensemble seraient donc : la communication, l’écoute, la bienveillance et le plaisir de partager du temps … un beau programme en somme !


Cet article ne peut évidement pas présenter de manière exhaustive tout ce qu’implique le statut de grand-parent (identité sociale, avancée en âge, impact sur les relations familiales…). Si cette période est vécue de façon très positive par une majorité de personnes, elle peut nécessiter d’être accompagnée pour d’autres. Si vous vous retrouvez dans cette situation n’hésitez pas à en parler à vos proches pour qu’ils puissent vous soutenir, si besoin des professionnels peuvent également vous accompagner.


Références :


- ATTIAS-DONFUT, C. (2008), « Les grands-parents en Europe : de nouveaux soutiens de famille », Informations sociales, n°149, p.54-67

- BILLE, M (2002), « A quoi servent les grands-parents ? Des grands parents pour introduire au « sacré » », Dialogue, n°158, p.3-10

- LE BORGNE-UGUEN, F (2003), « Grands-parents : un rôle à composer. Un enjeu entre générations, une étape dans le parcours de vie », Empan, n°52, p.77-85


Photo : Phillip Goldsberry

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